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Une
histoire aux couleurs de la mer, regard sur le passé de
Carleton-sur-mer...
L'histoire commune de Carleton et de Saint-Omer
À l'automne 2000, les municipalités de
Carleton et de Saint-Omer se sont fusionnées. Bien que
ces localités vécurent distinctement pendant
plus de 100 ans, leur histoire est fortement liée. En
effet, la paroisse de Saint-Omer est fondée en 1899.
Vous êtes donc invités à découvrir
le charme, l'identité et l'histoire de Carleton-sur-Mer.
Passage de Jacques Cartier
Ce n'est pas un hasard si l'explorateur malouin
Jacques Cartier est devenu l'un des premiers Européens à poser
le pied sur le sol gaspésien, et qu'il s'est
ensuite empressé de s'approprier le territoire
au nom de François 1er, roi de France. En effet, le
passage de Cartier dans la baie des Chaleurs en juillet 1534
coïncide avec le mouvement des grandes découvertes,
l'objectif ultime étant de découvrir une
route plus directe menant aux richesses de l'Inde.
Ainsi, le 9 juillet 1534, Cartier et ses hommes naviguent
jusqu'au fond de la baie en espérant y découvrir
un passage vers l'intérieur du continent. À la
hauteur de Carleton, appelé à l'époque
Tracadièche ou Tracadigash, terme micmac signifiant «lieu
où il y a des hérons», Cartier y rencontre
un groupe de 300 Micmacs à proximité de la pointe
Tracadigash. Échangeant avec eux des objets en guise
d'amitié, le célèbre navigateur
réalise que ce peuple occupe en permanence la rive nord
de la baie des Chaleurs depuis déjà un certain
temps.
À la vue d'un tel paysage, Cartier note dans
son journal de bord: «Leur terre est au point de vue
chaleur, plus tempérée que la terre d'Espagne
et la plus belle qu'il soit possible de voir, et aussi
unie qu'un étang. Et n'y a aucun petit lieu,
vide de bois, et même sur le sable qui ne soit plein
de blé sauvage, dont l'épi est comme seigle,
et le grain comme avoine [...] Nous nommâmes la dite
baye, la baye des Chaleurs.».
Peuplement de Carleton
Toutefois, ce n'est qu'au cours de la seconde
moitié du XVIIIe siècle qu'un véritable
peuplement permanent s'établit à Tracadièche.
En fait, le peuplement de notre localité dérive
directement d'un événement des plus tragiques,
soit la Déportation acadienne de 1755. À ce moment,
le gouvernement londonien entend régler un problème
qui tend à s'éterniser: les Acadiens doivent
prêter un serment d'allégeance sans condition à la
Couronne britannique, sans quoi ils seront chassés de
leurs terres ancestrales. Face au refus de ceux-ci de devenir
des sujets britanniques à part entière, les troupes
anglaises procèdent, tel que promis, au Grand Dérangement.
Les habitants sont mis à bord de navires et déportés
dans les colonies anglaises. D'autres parviennent à fuir
en courant à travers bois.
Vers 1760, pour des raisons d'ordre stratégique,
la majorité des Acadiens qui rejoignent le côté nord
de la baie des Chaleurs adoptent Bonaventure comme lieu d'exil.
Quelques années plus tard, en 1766, c'est au tour
de Tracadièche d'être témoin de l'arrivée
de plusieurs familles acadiennes en provenance principalement
de Bonaventure, de l'île Saint-Jean (I.-P.-E.),
de Beaubassin et de Nepisiguit (N.-B.) ayant Charles Dugas à leur
tête. Au recensement de 1777, on trouve les noms de familles
suivants: Alain, Allard, Arsenault, Barriault, Bernard, Berthelot,
Boudreau, Bourg, Bujold, Comeau, Dugas, Landry, LeBlanc, Poirier
et bien d'autres. De 1766 à 1780, la population
de Tracadièche se compose essentiellement de familles
d'origine acadienne.
C'est à cette époque, soit vers 1790,
que Tracadièche devient Carleton, en l'honneur
du militaire et gouverneur de Québec, Guy Carleton.
Aujourd'hui, les Gaspésiens de la Baie-des-Chaleurs
d'origine acadienne forment près de 70% de la
population. Leur apport n'est pas à négliger
puisque leur mode de vie, leur mentalité, leur caractère
et leur langue ont contribué et contribuent toujours à façonner
le portrait de cette partie de la péninsule gaspésienne.
La pêche
La pêche, comme dans toutes les communautés côtières
gaspésiennes, joue un rôle déterminant
dans l'histoire de Carleton. Associées aux richesses
du sol, les eaux poissonneuses de la baie des Chaleurs permettent
aux gens d'ici de connaître une certaine prospérité.
En fait, les habitants du lieu ont été de tout
temps à la fois des pêcheurs et des cultivateurs.
À la fin du XVIIIe siècle, Le principal poisson
que pêchent les habitants de Carleton est la morue. Cette
espèce est d'ailleurs la ressource principale
de la Gaspésie pendant de nombreuses années,
en particulier grâce aux établissements de la
compagnie Robin, éparpillés sur les côtes
gaspésiennes à partir de la seconde moitié du
XVIIIe siècle. La compagnie Robin détient le
monopole du commerce de la morue pendant près de 200
ans en Gaspésie, surtout dans la zone comprise entre
Paspébiac et Gaspé.
Située quelque peu en marge du territoire exploité par
la compagnie Robin, la région de Carleton voit se développer
une pêche commerciale plus diversifiée. Ainsi,
la pêche commerciale du saumon de l'Atlantique,
pratiquée pendant plus de 200 ans au large de Carleton,
devient rapidement l'une des plus bénéfiques
et des plus populaires de l'endroit.
Outre la morue et le saumon, les autres espèces de
poisson que l'on pêche à Carleton au cours
du XIXe siècle sont principalement le hareng, le maquereau,
l'éperlan et la plie. Plusieurs de ces espèces
sont encore pêchées de nos jours, quoique sur
une toute autre échelle.
Au début du XXe siècle, les pêcheurs de
Carleton sont à la merci des marchands de saumon du
côté nord du Nouveau-Brunswick, lesquels achètent
leurs poissons à des prix dérisoires. C'est
pour contrer cette situation peu enviable et améliorer
leurs conditions de vie que les pêcheurs de saumon de
Carleton décident de fonder une coopérative à l'automne
1923. En plus d'être la seule en Gaspésie à survivre à la
crise économique des années 1930, cette coopérative
de pêcheurs sera l'une des premières du
genre au Canada et la deuxième en âge de toute
l'Amérique du Nord.
Bien que la Coopérative des Pêcheurs de Carleton
cesse ses activités au début des années
1990, l'esprit d'initiative et le dynamisme qui
animaient ses membres demeurent toujours bien présents
dans la communauté carletonnaise. Le bâtiment
de la Coopérative, situé au 8, rue de la Gare,
reste d'ailleurs un témoin privilégié de
cette page d'histoire.
Marchands et navigateurs
Les richesses de la Baie-des-Chaleurs, aussi bien de la mer
que de la terre, attirent de bonne heure les marchands. Henry
Mounier, un marchand huguenot de Québec, est le premier à venir
s'établir de façon permanente à Carleton
au début des années 1770. En plus de ses activités
commerciales reliées à la pêche et aux
pelleteries, Mounier contribue au peuplement du lieu en amenant
et en soutenant à ses frais des familles provenant de
la région du Bas-Saint-Laurent. Il est aussi le premier à faire
construire des goélettes à Tracadièche
dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Vers 1840, un autre marchand originaire d'Halifax du
nom de John Meagher vient s'établir à Carleton.
En peu de temps, il devient l'un des personnages les
plus importants et l'un des plus influents du lieu. Irlandais
catholique, il est tour à tour marchand, juge de paix,
propriétaire de goélettes et député provincial
du comté de Bonaventure de 1854 à 1861. Meagher
joue un rôle indéniable sur les plans économique,
social, politique et institutionnel dans la région.
La venue des marchands suscite également l'émergence
de différents métiers reliés à la
navigation. Ainsi, au XIXe siècle, la région
de Carleton donne naissance à une multitude de capitaines,
marins et navigateurs qui s'attardent à livrer
le poisson pêché ici dans les principaux ports
du temps tels que Québec et Halifax. On exporte aussi
du bois ainsi que les produits agricoles locaux. En retour,
les navigateurs rapportent diverses marchandises pour les besoins
de la population locale.
Seulement pour le XIXe siècle, on répertorie
plus de 150 hommes qui pratiquent à un moment ou l'autre
le difficile métier de navigateur dans notre région. À cette époque,
Carleton et ses environs s'avère être un
haut lieu de la navigation dans la baie des Chaleurs. Le phare,
situé à la pointe Tracadigash, ainsi que le quai
demeurent des signes évidents de cet héritage
maritime.
Le Banc de Carleton
Situé quelque peu en retrait de la localité,
le Banc de Carleton (plus précisément le secteur
de la plage municipale et de la route du Quai) fut autrefois
le centre-ville de Carleton. On y comptait alors plusieurs
bâtiments associés à des professions tels
que forgeron, cordonnier, tanneur, pêcheur, tonnelier,
capitaine et marchand .
Au début du XIXe siècle, Joseph Barthe, un charpentier
de vaisseau et capitaine au long cours, y possède un
chantier naval. Une importante tannerie est également
construite à la sortie du ruisseau Bastien. En 1830,
on y construit la première école du village grâce à l'initiative
de l'abbé Louis-Stanislas Malo. Cette école
accueillera des élèves pendant de nombreuses
années. À la même époque, il y a
aussi un bâtiment servant de maison de Cour à chaque
mois de juillet. De plus, les premières séances
du conseil municipal sont tenues dans une bâtisse appartenant
au marchand John Meagher.
La popularité du site repose sur le fait que le Banc
de Carleton est le carrefour maritime de la localité.
Les goélettes et autres embarcations peuvent y jeter
l'ancre tout juste à l'ouest, soit dans
la baie Tragadigash, qui sert de havre naturel. Bien qu'il
ne reste pratiquement plus de traces de cette époque,
il est bon de savoir que le Banc de Carleton fut jadis un lieu
fort achalandé et dynamique qui contribua beaucoup au
développement économique de notre ville.
Patrimoine religieux
Le patrimoine religieux de Carleton est l'un des plus
riches du genre dans la région.
Les premiers missionnaires, établis ici dès
les années 1770, ont à couvrir un territoire
qui dépasse largement le cadre de la localité.
Outre les populations catholiques des localités actuelles
de Maria, Saint-Omer, Nouvelle et Miguasha ainsi que celles
de Rivière-à-l'Anguille et Rivière
Jacquet du côté nord du Nouveau-Brunswick, ces
missionnaires desservent aussi les missions micmaques de Cascapédia
et de Ristigouche en été. Le plus fameux de ces
missionnaires est sans contredit l'abbé Joseph-Mathurin
Bourg, dont le ministère s'étend jusque
dans les limites de l'ancienne Acadie française.
Un monument dédié à sa mémoire,
situé près du presbytère, signale son
passage à Carleton.
Qui dit patrimoine religieux dit nécessairement église.
Celle de Carleton, construite en 1850 à partir des plans
d'un architecte local du nom de Pierre Côte, est
la plus ancienne église catholique de la Gaspésie.
De style corinthien, cette église est en réalité la
troisième du lieu, puisqu'il y a eu auparavant
une autre église et une petite chapelle sur le même
site. Plusieurs travaux de décoration à l'intérieur
sont éxécutés à la fin du XIXe
siècle, sous la direction du curé François-Adelme
Blouin. Le revêtement de brique date de 1917, année à laquelle
on entreprend une restauration générale de l'édifice.
Autant par son aspect extérieur que par les oeuvres
d'art qu'elle renferme, l'église Saint-Joseph
de Carleton figure sans contredit comme un joyau du patrimoine
religieux local et régional.
L'Oratoire Notre-Dame du Mont Saint-Joseph mérite également
une attention particulière. Situé tout en haut
du mont Saint-Joseph, ce lieu de pèlerinage offre une
vue exceptionnelle sur la baie des Chaleurs. La chapelle originale
de style breton, construite en 1935, est conservée sous
la structure actuelle. L'Oratoire a la particularité de
vouer un culte à la fois à Saint-Joseph, patron
de la paroisse, et à la Vierge Marie.
Tourisme et villégiature
Depuis les années 1850, Carleton s'est forgée
une réputation enviable en tant que lieu de villégiature
estivale. Dès cette époque, notre localité est
reconnue comme une station balnéaire des plus attrayantes.
C'est un lieu incontournable où séjourner
en Gaspésie, car la ville possède tous les ingrédients
lui permettant d'assurer son développement et
sa renommée: des plages, des prés, des coteaux,
des montagnes, un port naturel et un micro-climat avantageux.
Dès lors, résidents et visiteurs vivent en harmonie.
En effet, agriculteurs, navigateurs, pêcheurs, artisans
et petits marchands côtoient bourgeois, professionnels,
fonctionnaires et grands commerçants qui sont de passage.
C'est ce qui distingue Carleton de bien d'autres
villages de la péninsule gaspésienne. Notre localité devient
une destination très recherchée et un endroit
rêvé pour les vacanciers.
Vers 1895, le village se dote d'infrastructures hôtelières
afin de combler les exigences des visiteurs qui se font de
plus en plus nombreux avec l'arrivée du chemin
de fer. Députés, sénateurs, et présidents
de grandes compagnies s'installent à Carleton
afin de savourer pleinement les beaux mois d'été. À partir
de 1936, notre localité compte 5 hôtels et accueille
plus de 400 estivants venant des quatre coins de la province
et d'ailleurs. Les anciens se souviennent encore des
hôtels Bellevue, Le Retour, des Sables Rouges, Wilfred
et Saint-Louis. Par leur architecture, ces édifices
donnaient à Carleton un cachet remarquable et des plus
original qui contribua à développer la tradition
d'accueil associée de nos jours aux gens de Carleton.
L'histoire de Saint-Omer
L'histoire de Saint-Omer est liée à celle de Carleton,
puisque ces deux paroisses n'en faisaient qu'une jusqu'en
1899, et elles ont été réunies récemment. La paroisse
de Saint-Omer comprend une partie du Canton Carleton, du Canton de Nouvelle
et l'ancienne seigneurie de Shoolbred; elle comprend également
l'ancien Saint-Louis-de-Gonzague et la Mission Saint-Louis. Elle est
bordée au sud par la Baie des Chaleurs et au nord par les montagnes.
Une partie du territoire de Saint-Omer est marquée
par la cette seigneurie qui était administrée
premièrement par John Shoolbred, un marchand de Londres,
puis par Matthew Stewart et ses héritiers. Ils étaient
propriétaires de moulins et de nombreuses terres. Le
banc de Shoolbred témoigne de leur passage et une rivière
porte encore leur nom (la rivière Stewart). L'abolition
du cens vers le milieu du XIXe siècle leur a fait perdre
du pouvoir et a permis à la municipalité de commencer à se
former.
En 1899, Mgr Blais, évêque de Rimouski donne
son approbation pour que Saint-Omer soit érigée
en paroisse. La population y était désormais
assez nombreuse pour justifier la construction d'une église
et la nomination d'un curé. Cette décision
est approuvée en 1902 par le gouvernement.
La petite municipalité s'est développée
petit à petit. Dès le début, plusieurs écoles
sont construites de façon à permettre aux enfants
de tous les coins du village d'y accéder. La plupart
des habitants cultivent la terre. Plusieurs pêcheurs
de saumon sont prospères, et même des exportateurs
de poisson (Zacharie Nadeau). En effet, la pêche fait
partie de la vie de cette population riveraine; à la
morue, au hareng, à l'éperlan, aux coques… Les
moulins procurent aussi du travail à une bonne partie
du village, particulièrement celui des Nadeau, situé près
de la rivière Stewart, le moulin sur le Banc, et plusieurs
autres. De petits commerces parsèment la route 132 (anciennement
le Chemin du Roy); des boutiques de cordonnier, menuisier,
barbier, une beurrerie et autres, ainsi que plus d'un
magasin général. Dans les années 1940,
une usine de tournage pour manches à balais donne du
travail à plusieurs, ce qui les aide à surmonter
les difficultés économiques de cette époque.
C'était la « Novo Brooms and Mops Supplies
Corporation », située près de la route
Saint-Louis et du chemin de fer.
L'histoire de Saint-Louis-de-Gonzague est également
toujours vivante à Saint-Omer. Dans les années
1930, le gouvernement lance un plan de colonisation de l'arrière-pays,
dans le but d'aider les victimes de la crise en leur
offrant des terres à défricher. De nombreux colons
ont alors commencé à défricher des terres à la
Mission Saint-Louis, et à y construire des maisons.
Ils vivaient de la terre et du bois. Saint-Louis-de-Gonzague
a été un village en constant développement
jusque vers 1972. C'est alors que le gouvernement a fermé ce
village et en a chassé les habitants.
Conclusion
Au fil des ans, les visages des gens d'ici changent,
mais tous reconnaissent que l'accueil chaleureux et le
dynamisme qui caractérisent tant notre région
sont toujours bien vivants. Encore aujourd'hui, la ville
de Carleton, par sa situation géographique exceptionnelle
- entre la mer et la montagne - et sa renommée touristique
qui n'est plus à faire, attire bon nombre de visiteurs.
S'arrêter à Carleton, c'est prendre
contact avec l'histoire... et beaucoup plus!
Texte réalisé par :
L'Écomusée
Tracadièche :
Pascal Alain,
Sylvain Boudreau et
Angèle Fournier.
Section sur Saint-Omer fut réalisée
par : É
milie
LeBlanc.
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