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Notre histoire

Une histoire aux couleurs de la mer : regard sur le passé de Carleton-sur-Mer...

Carleton-sur-Mer est à l’aube de son 250e anniversaire, puisque c’est en 1767 que les premières familles acadiennes se sont implantées sur le rivage d’un lieu nommé Tracadigash selon la tradition amérindienne. Occupant un vaste territoire, Tracadièche devient Carleton avant la fin du 18e siècle. Puis, en 1899, le développement de la communauté amène la création de Saint-Omer. Intimement liés par l’histoire et les origines acadiennes, Carleton et Saint-Omer ont vécu côte à côte pendant plus d’un siècle, jusqu’à l’automne 2000, alors que la fusion des deux municipalités a entraîné la formation de Carleton-sur-Mer. 

Une Invitation à découvrir le charme, l'identité et l'histoire de Carleton-sur-Mer.

Passage de Jacques Cartier

Ce n'est pas un hasard si l'explorateur malouin Jacques Cartier est devenu l'un des premiers Européens à poser le pied sur le sol gaspésien, et qu'il s'est ensuite empressé de s'approprier le territoire au nom de François 1er, roi de France. En effet, le passage de Cartier dans la baie des Chaleurs en juillet 1534 coïncide avec le mouvement des grandes découvertes, l'objectif ultime étant de découvrir une route plus directe menant aux richesses de l'Inde.

Ainsi, le 9 juillet 1534, Cartier et ses hommes naviguent jusqu'au fond de la baie en espérant y découvrir un passage vers l'intérieur du continent. À la hauteur de Carleton, appelé à l'époque Tracadièche ou Tracadigash, terme micmac signifiant « lieu où il y a des hérons », Cartier y rencontre un groupe de 300 Micmacs à proximité de la pointe Tracadigash. Échangeant avec eux des objets en guise d'amitié, le célèbre navigateur réalise que ce peuple occupe en permanence la rive nord de la baie des Chaleurs depuis déjà un certain temps.

À la vue d'un tel paysage, Cartier note dans son journal de bord : « Leur terre est au point de vue chaleur, plus tempérée que la terre d'Espagne et la plus belle qu'il soit possible de voir, et aussi unie qu'un étang. Et n'y a aucun petit lieu, vide de bois, et même sur le sable qui ne soit plein de blé sauvage, dont l'épi est comme seigle, et le grain comme avoine [...] Nous nommâmes la dite baye, la baye des Chaleurs. ».

Peuplement de Carleton

Toutefois, ce n'est qu'au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle qu'un véritable peuplement permanent s'établit à Tracadièche. En fait, le peuplement de notre localité dérive directement d'un événement des plus tragiques, soit la Déportation acadienne de 1755. À ce moment, le gouvernement londonien entend régler un problème qui tend à s'éterniser: les Acadiens doivent prêter un serment d'allégeance sans condition à la Couronne britannique, sans quoi ils seront chassés de leurs terres ancestrales. Face au refus de ceux-ci de devenir des sujets britanniques à part entière, les troupes anglaises procèdent, tel que promis, au Grand Dérangement. Les habitants sont mis à bord de navires et déportés dans les colonies anglaises. D'autres parviennent à fuir en courant à travers bois.

Vers 1760, pour des raisons d'ordre stratégique, la majorité des Acadiens qui rejoignent le côté nord de la baie des Chaleurs adoptent Bonaventure comme lieu d'exil. Quelques années plus tard, en août 1766, des familles acadiennes demandent, dans un document signé par Charles Dugas, la permission de s’installer plus à l’ouest, sur la côte de la baie des Chaleurs, dans un lieu où le négociant huguenot Henry Mounier est en train de créer un établissement. Avant même la réponse des autorités coloniales, dès 1767, des familles acadiennes s’installent à Tracadièche, en provenance principalement de Bonaventure et de l'île Saint-Jean (I.-P.-E.), Beaubassin et Nepisiguit (N.-B.), avec Charles Dugas à leur tête, ce dernier étant considéré comme le fondateur de Tracadièche. Au recensement de 1777, on trouve les noms de familles suivants: Alain, Allard, Arsenault, Barriault, Bernard, Berthelot, Boudreau, Bourg, Bujold, Comeau, Dugas, Landry, LeBlanc, Poirier et bien d'autres. De 1767 à 1780, la population de Tracadièche se compose essentiellement de familles d'origine acadienne.

C'est à cette époque, soit vers 1790, que Tracadièche devient Carleton, en l'honneur du militaire et gouverneur de Québec, Guy Carleton. Aujourd'hui, les Gaspésiens de la Baie-des-Chaleurs d'origine acadienne forment près de 70 % de la population. Leur apport n'est pas à négliger puisque leur mode de vie, leur mentalité, leur caractère et leur langue ont contribué et contribuent toujours à façonner le portrait de cette partie de la péninsule gaspésienne.

La pêche

Monsieur Théodore Boudreau, dit Dick à SaumureLa pêche, comme dans toutes les communautés côtières gaspésiennes, joue un rôle déterminant dans l'histoire de Carleton. Associées aux richesses du sol, les eaux poissonneuses de la baie des Chaleurs permettent aux gens d'ici de connaître une certaine prospérité. En fait, les habitants du lieu ont été de tout temps à la fois des pêcheurs et des cultivateurs.

À la fin du XVIIIe siècle, Le principal poisson que pêchent les habitants de Carleton est la morue. Cette espèce est d'ailleurs la ressource principale de la Gaspésie pendant de nombreuses années, en particulier grâce aux établissements de la compagnie Robin, éparpillés sur les côtes gaspésiennes à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle. La compagnie Robin détient le monopole du commerce de la morue pendant près de 200 ans en Gaspésie, surtout dans la zone comprise entre Paspébiac et Gaspé.

Située quelque peu en marge du territoire exploité par la compagnie Robin, la région de Carleton voit se développer une pêche commerciale plus diversifiée. Ainsi, la pêche commerciale du saumon de l'Atlantique, pratiquée pendant plus de 200 ans au large de Carleton, devient rapidement l'une des plus bénéfiques et des plus populaires de l'endroit.

Outre la morue et le saumon, les autres espèces de poisson que l'on pêche à Carleton au cours du XIXe siècle sont principalement le hareng, le maquereau, l'éperlan et la plie. Plusieurs de ces espèces sont encore pêchées de nos jours, quoique sur une toute autre échelle.

Au début du XXe siècle, les pêcheurs de Carleton sont à la merci des marchands de saumon du côté nord du Nouveau-Brunswick, lesquels achètent leurs poissons à des prix dérisoires. C'est pour contrer cette situation peu enviable et améliorer leurs conditions de vie que les pêcheurs de saumon de Carleton décident de fonder une coopérative à l'automne 1923. En plus d'être la seule en Gaspésie à survivre à la crise économique des années 1930, cette coopérative de pêcheurs sera l'une des premières du genre au Canada et la deuxième en âge de toute l'Amérique du Nord.

La Coopérative des Pêcheurs de Carleton a définitivement cessé ses activités au début des années 1990. Le bâtiment, qui était situé au 8, rue de la Gare, a malheureusement été détruit en 2006. Malgré cela, l'esprit d'initiative et le dynamisme qui animaient ses membres demeurent toujours bien présents dans la communauté de Carleton-sur-Mer.

Marchands et navigateurs

Les richesses de la Baie-des-Chaleurs, aussi bien de la mer que de la terre, attirent de bonne heure les marchands. Henry Mounier, un marchand huguenot de Québec, est le premier à venir s'établir de façon permanente à Carleton au tournant des années 1770. En plus de ses activités commerciales reliées à la pêche et aux pelleteries, Mounier contribue au peuplement du lieu en amenant et en soutenant à ses frais des familles provenant de la région du Bas-Saint-Laurent. Il est aussi le premier à faire construire des goélettes à Tracadièche dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Vers 1840, un autre marchand originaire d'Halifax du nom de John Meagher vient s'établir à Carleton. En peu de temps, il devient l'un des personnages les plus importants et l'un des plus influents du lieu. Irlandais catholique, il est tour à tour marchand, juge de paix, propriétaire de goélettes et député provincial du comté de Bonaventure de 1854 à 1861. Meagher joue un rôle indéniable sur les plans économique, social, politique et institutionnel dans la région.

La venue des marchands suscite également l'émergence de différents métiers reliés à la navigation. Ainsi, au XIXe siècle, la région de Carleton donne naissance à une multitude de capitaines, marins et navigateurs qui s'attardent à livrer le poisson pêché ici dans les principaux ports du temps tels que Québec et Halifax. On exporte aussi du bois ainsi que les produits agricoles locaux. En retour, les navigateurs rapportent diverses marchandises pour les besoins de la population locale.

Seulement pour le XIXe siècle, on répertorie plus de 150 hommes qui pratiquent à un moment ou l'autre le difficile métier de navigateur dans notre région. À cette époque, Carleton et ses environs s'avère être un haut lieu de la navigation dans la baie des Chaleurs. Le phare, situé à la pointe Tracadigash, ainsi que le quai demeurent des signes évidents de cet héritage maritime.

Le Banc de Carleton

Situé quelque peu en retrait de la localité, le Banc de Carleton (plus précisément le secteur de la plage municipale et de la route du Quai) fut autrefois le centre-ville de Carleton. On y comptait alors plusieurs bâtiments associés à des professions tels que forgeron, cordonnier, tanneur, pêcheur, tonnelier, capitaine et marchand.

Au début du XIXe siècle, Joseph Barthe, un charpentier de vaisseau et capitaine au long cours, y possède un chantier naval. Une importante tannerie est également construite à la sortie du ruisseau Bastien. En 1830, on y construit la première école du village grâce à l'initiative de l'abbé Louis-Stanislas Malo. Cette école accueillera des élèves pendant de nombreuses années. À la même époque, il y a aussi un bâtiment servant de maison de Cour à chaque mois de juillet. De plus, les premières séances du conseil municipal sont tenues dans une bâtisse appartenant au marchand John Meagher.

La popularité du site repose sur le fait que le Banc de Carleton est le carrefour maritime de la localité. Les goélettes et autres embarcations peuvent y jeter l'ancre tout juste à l'ouest, soit dans la baie Tracadigash, qui sert de havre naturel. Bien qu'il ne reste pratiquement plus de traces de cette époque, il est bon de savoir que le Banc de Carleton fut jadis un lieu fort achalandé et dynamique qui contribua beaucoup au développement économique de notre ville.

Patrimoine religieux

Le patrimoine religieux de Carleton est l'un des plus riches du genre dans la région.

Les premiers missionnaires, établis ici dès les années 1770, ont à couvrir un territoire qui dépasse largement le cadre de la localité. Outre les populations catholiques des localités actuelles de Maria, Saint-Omer, Nouvelle et Miguasha ainsi que celles de Rivière-à-l'Anguille et Rivière Jacquet du côté nord du Nouveau-Brunswick, ces missionnaires desservent aussi les missions micmaques de Cascapédia et de Ristigouche en été. Le plus fameux de ces missionnaires est sans contredit l'abbé Joseph-Mathurin Bourg, dont le ministère s'étend jusque dans les limites de l'ancienne Acadie française. Un monument dédié à sa mémoire, situé près du presbytère, signale son passage à Carleton.

Qui dit patrimoine religieux dit nécessairement église. Celle de Carleton, construite en 1850 à partir des plans d'un architecte local du nom de Pierre Côte, est la plus ancienne église catholique de la Gaspésie. De style corinthien, cette église est en réalité la troisième du lieu, puisqu'il y a eu auparavant une autre église et une petite chapelle sur le même site. Plusieurs travaux de décoration à l'intérieur sont exécutés à la fin du XIXe siècle, sous la direction du curé François-Adelme Blouin. Le revêtement de brique date de 1917, année à laquelle on entreprend une restauration générale de l'édifice. Autant par son aspect extérieur que par les oeuvres d'art qu'elle renferme, l'église Saint-Joseph de Carleton figure sans contredit comme un joyau du patrimoine religieux local et régional.

L'Oratoire Notre-Dame du Mont Saint-Joseph mérite également une attention particulière. Situé tout en haut du mont Saint-Joseph, ce lieu de pèlerinage offre une vue exceptionnelle sur la baie des Chaleurs. La chapelle originale de style breton, construite en 1935, est conservée sous la structure actuelle. L'Oratoire a la particularité de vouer un culte à la fois à Saint-Joseph, patron de la paroisse, et à la Vierge Marie. Pour obtenir plus de détails, visitez le site de la Corporation de gestion et de mise en valeur du mont St-Joseph au www.montsaintjoseph.com.

Tourisme et villégiature

Depuis les années 1850, Carleton s'est forgée une réputation enviable en tant que lieu de villégiature estivale. Dès cette époque, notre localité est reconnue comme une station balnéaire des plus attrayantes. C'est un lieu incontournable où séjourner en Gaspésie, car la ville possède tous les ingrédients lui permettant d'assurer son développement et sa renommée: des plages, des prés, des coteaux, des montagnes, un port naturel et un micro-climat avantageux. Dès lors, résidents et visiteurs vivent en harmonie. En effet, agriculteurs, navigateurs, pêcheurs, artisans et petits marchands côtoient bourgeois, professionnels, fonctionnaires et grands commerçants qui sont de passage. C'est ce qui distingue Carleton de bien d'autres villages de la péninsule gaspésienne. Notre localité devient une destination très recherchée et un endroit rêvé pour les vacanciers.

Vers 1895, le village se dote d'infrastructures hôtelières afin de combler les exigences des visiteurs qui se font de plus en plus nombreux avec l'arrivée du chemin de fer. Députés, sénateurs, et présidents de grandes compagnies s'installent à Carleton afin de savourer pleinement les beaux mois d'été. À partir de 1936, notre localité compte 5 hôtels et accueille plus de 400 estivants venant des quatre coins de la province et d'ailleurs. Les anciens se souviennent encore des hôtels Bellevue, Le Retour, des Sables Rouges, Wilfred et Saint-Louis. Par leur architecture, ces édifices donnaient à Carleton un cachet remarquable et des plus original qui contribua à développer la tradition d'accueil associée de nos jours aux gens de Carleton.

L'histoire de Saint-Omer

L'histoire de Saint-Omer est liée à celle de Carleton, puisque ces deux paroisses n'en faisaient qu'une jusqu'en 1899, et elles ont été réunies récemment. La paroisse de Saint-Omer comprend une partie du Canton Carleton, du Canton de Nouvelle et l'ancienne seigneurie de Shoolbred; elle comprend également l'ancien Saint-Louis-de-Gonzague et la Mission Saint-Louis. Elle est bordée au sud par la baie des Chaleurs et au nord par les montagnes.

Une partie du territoire de Saint-Omer est marquée par cette seigneurie qui était administrée premièrement par John Shoolbred, un marchand de Londres, puis par Matthew Stewart et ses héritiers. Ils étaient propriétaires de moulins et de nombreuses terres. Le banc de Shoolbred témoigne de leur passage et une rivière porte encore leur nom (la rivière Stewart). L'abolition du cens vers le milieu du XIXe siècle leur a fait perdre du pouvoir et a permis à la municipalité de commencer à se former.

En 1899, Mgr Blais, évêque de Rimouski donne son approbation pour que Saint-Omer soit érigée en paroisse. La population y était désormais assez nombreuse pour justifier la construction d'une église et la nomination d'un curé. Cette décision est approuvée en 1902 par le gouvernement.

La petite municipalité s'est développée petit à petit. Dès le début, plusieurs écoles sont construites de façon à permettre aux enfants de tous les coins du village d'y accéder. La plupart des habitants cultivent la terre. Plusieurs pêcheurs de saumon sont prospères, et même des exportateurs de poisson (Zacharie Nadeau). En effet, la pêche fait partie de la vie de cette population riveraine; à la morue, au hareng, à l'éperlan, aux coques... Les moulins procurent aussi du travail à une bonne partie du village, particulièrement celui des Nadeau, situé près de la rivière Stewart, le moulin sur le Banc, et plusieurs autres. De petits commerces parsèment la route 132 (anciennement le Chemin du Roy); des boutiques de cordonnier, menuisier, barbier, une beurrerie et autres, ainsi que plus d'un magasin général. Dans les années 1940, une usine de tournage pour manches à balais donne du travail à plusieurs, ce qui les aide à surmonter les difficultés économiques de cette époque. C'était la « Novo Brooms and Mops Supplies Corporation », située près de la route Saint-Louis et du chemin de fer.

L'histoire de Saint-Louis-de-Gonzague est également toujours vivante à Saint-Omer. Dans les années 1930, le gouvernement lance un plan de colonisation de l'arrière-pays, dans le but d'aider les victimes de la crise en leur offrant des terres à défricher. De nombreux colons ont alors commencé à défricher des terres à la Mission Saint-Louis, et à y construire des maisons. Ils vivaient de la terre et du bois. Saint-Louis-de-Gonzague a été un village en constant développement jusque vers 1972. C'est alors que le gouvernement a fermé ce village.

Conclusion

Au fil des ans, les visages des gens d'ici changent, mais tous reconnaissent que l'accueil chaleureux et le dynamisme qui caractérisent tant notre région sont toujours bien vivants. Encore aujourd'hui, la ville de Carleton-sur-Mer, par sa situation géographique exceptionnelle - entre la mer et la montagne - et sa renommée touristique qui n'est plus à faire, attire bon nombre de visiteurs. S'arrêter à Carleton-sur-Mer, c'est prendre contact avec l'histoire... et beaucoup plus!

 

Texte réalisé par :
L'Écomusée Tracadièche : Pascal Alain, Sylvain Boudreau et Angèle Fournier.
Section sur Saint-Omer fut réalisée par : Émilie LeBlanc.